Du blé dur à la Lune : la recherche tunisienne cherche à transformer ses résultats en impact

Génomes de blé séquencés à Sfax, un chercheur tunisien à la tête d’un instrument de la NASA, classements internationaux : l’année 2026 donne de la visibilité à la science tunisienne. Reste à convertir les publications en retombées concrètes.

TUNIS – Au printemps, c’est dans un laboratoire de Sfax que s’est écrit l’un des épisodes les plus marquants de l’année scientifique tunisienne. Cet automne, c’est l’agence spatiale américaine qui a placé un ingénieur formé à Tunis à la tête d’un projet lunaire. Entre les deux, les classements internationaux ont confirmé la place de plusieurs chercheurs tunisiens. Derrière ces succès, les responsables du secteur posent une question plus discrète : que devient la recherche une fois publiée ?

Le génome du blé dur tunisien

Le 24 avril 2026, des scientifiques de l’Université de Sfax et de l’Institution de la recherche et de l’enseignement supérieur agricoles (IRESA) ont annoncé le séquençage complet de deux variétés locales de blé dur, « Mahmoudi » et « Chili ». Le travail a été mené avec la Banque nationale de gènes de Tunisie et le soutien de l’organisation britannique GetGenome. Selon l’un des responsables, il a demandé deux années de recherches et d’expérimentations. leadersallafrica

Les données sont publiées pour la communauté scientifique, et les chercheurs ont lancé un consortium, l’Open Durum Genome Project Tunisia, réunissant scientifiques, sélectionneurs, décideurs, coopératives agricoles et autres acteurs. L’enjeu est agricole : ces variétés cultivées depuis des siècles pourraient servir à développer un blé plus résilient face au climat. leadersleaders

Un Tunisien aux commandes d’un projet lunaire

Le 15 septembre 2026, la NASA a désigné Mehdi Benna chercheur principal du projet LEMS, une composante du programme d’exploration Artemis. Le projet vise une station scientifique autonome regroupant plusieurs sismomètres de haute précision. Diplômé de l’École nationale d’ingénieurs de Tunis en 1999, le scientifique est établi aux États-Unis depuis 2003 et travaille au centre Goddard de la NASA.

Des chiffres flatteurs, avec une réserve

Les statistiques officielles sont favorables. Selon l’Agence nationale de promotion de la recherche scientifique, la Tunisie se classe première en Afrique pour le nombre de chercheurs et de publications par million d’habitants. Le pays compterait plus de 22 000 chercheurs et près de 12 000 doctorants. Il dispose aussi de près de 40 centres de recherche et développement et de 10 pôles technologiques.

Côté reconnaissance, l’édition 2026 du classement Stanford-Elsevier « World’s Top 2 % Scientists » compte douze chercheurs affiliés à des établissements tunisiens en informatique, intelligence artificielle et réseaux. Six autres figurent en médecine. Ce classement n’est toutefois pas un prix scientifique, mais une base bibliométrique fondée sur les citations et d’autres indicateurs. Il mesure l’impact des publications, pas leur utilité pour la société. allafricaallafrica

L’enjeu : valoriser et évaluer

Les autorités en ont fait un axe de travail. La directrice de l’Agence d’évaluation et d’accréditation a ouvert en mai une conférence nationale sur un système d’évaluation plus cohérent et transparent, axé sur la qualité scientifique, l’impact économique et social, la science ouverte et la valorisation des résultats. Le système de recherche est, selon l’agence de promotion, entré dans une phase centrée sur la valorisation des résultats scientifiques. allafricalapresse

Le soutien financier suit en partie. Le ministère a ouvert en 2026 un programme d’encouragement à l’excellence scientifique, avec des candidatures jusqu’au 16 mars, et a révisé en juillet à la hausse les bourses des doctorants effectuant des séjours dans l’Union européenne. tunisienumerique

Le défi, résument de nombreux acteurs, est de garder les talents et de relier les laboratoires aux entreprises et aux agriculteurs. Le blé de Sfax en donne un exemple : un résultat de laboratoire qui prendra tout son sens quand il aura atteint les champs.

Sourour BEN SALAH