À une cinquantaine de kilomètres de Tunis, le parc national d’Ichkeul accueille chaque automne des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs. Fragilisé par les barrages et la sécheresse, il fait l’objet d’un nouveau programme de restauration.
BIZERTE – Au pied d’un massif calcaire qui domine la plaine, un lac peu profond s’étend dans la brume de novembre. C’est l’heure où les premiers vols d’oies, de canards et de foulques arrivent du nord. Le parc national d’Ichkeul, situé dans le gouvernorat de Bizerte, à une cinquantaine de kilomètres de Tunis, entame sa saison la plus importante. unesco
Un fonctionnement unique au monde
La valeur du site tient à son hydrologie. Le lac connaît une double alternance saisonnière du niveau de l’eau et de sa salinité. En hiver, les pluies le remplissent d’eau douce. En été, l’évaporation fait baisser le niveau, et l’eau de mer remonte depuis le lac de Bizerte par l’oued Tinja, ce qui rend l’eau très salée. Cette forte amplitude a créé un écosystème particulier, favorable aux oiseaux d’eau migrateurs. unescounesco
La végétation immergée, notamment le potamot, y joue un rôle clé. Elle constitue l’une des principales nourritures des oiseaux d’eau hivernants. Le massif voisin abrite pour sa part des passereaux, et ses falaises sont fréquentées par des rapaces. uicnmed
Cette singularité vaut au site plusieurs reconnaissances internationales : réserve de la biosphère, site du patrimoine mondial de l’UNESCO et zone humide d’importance internationale au titre de la convention de Ramsar. L’UNESCO le décrit comme un relais indispensable pour des centaines de milliers d’oiseaux venus hiverner. webmanagercenterunesco
Les barrages, une menace ancienne
La fragilité d’Ichkeul vient de sa dépendance à l’eau douce. La construction de barrages sur les cours d’eau qui l’alimentent a réduit les apports. En 1996, le Comité du patrimoine mondial a inscrit le parc sur la liste du patrimoine en péril. Il a alors estimé que les barrages avaient un impact dramatique et que la salinité du lac avait fortement augmenté. Des mesures correctrices ont ensuite été engagées avec des partenaires internationaux, et le site a depuis été retiré de la liste du patrimoine en péril. Mais la question de sa sauvegarde reste ouverte.unesco
Un nouveau programme jusqu’en 2028
Le dossier revient aujourd’hui sur la table. Un projet international doté de 8,8 millions de dollars, prévu sur la période 2026-2028, cible le parc et son bassin versant. Il répond à une dégradation progressive, marquée par la baisse des apports d’eau douce, la hausse de la salinité et l’impact de la sécheresse. Une attention particulière est annoncée pour les populations riveraines, dont les pratiques agricoles pèsent aussi sur le milieu. allafricaallafrica
Ichkeul n’est pas un cas isolé. La Tunisie compte 17 parcs nationaux, 27 réserves naturelles et 41 zones humides d’importance internationale. Le site est un test de la capacité du pays à concilier gestion de l’eau, agriculture et protection de la biodiversité. discovertunisia
Observer sans déranger
Pour les visiteurs, la saison d’observation s’ouvre avec l’hiver. Un sentier de découverte permet de monter vers les belvédères, à condition de marcher doucement et de garder ses distances avec les oiseaux. Sur les rives du lac, le spectacle reste le même qu’il y a des siècles : des vols qui descendent sur l’eau à la tombée du jour.
Amine KHEDHRI
