Les retenues tunisiennes sont bien mieux remplies qu’il y a un an. Les spécialistes appellent pourtant à ne pas relâcher l’effort : la ressource reste inégalement répartie et dépend de pluies de plus en plus irrégulières.
TUNIS – À l’automne 2025, les barrages tunisiens affichaient un niveau préoccupant. Un an plus tard, la situation s’est nettement améliorée, sans pour autant rassurer tout le monde. La saison des pluies s’ouvre et chacun surveille le ciel.
Un an après, un net contraste
Au 23 octobre 2026, les réserves des barrages atteignaient 1,075 milliard de mètres cubes, soit un taux de remplissage de 46 %, selon les données du ministère de l’Agriculture. Un an plus tôt, le taux n’était que de 27,4 %, soit environ 649 millions de mètres cubes. Un spécialiste du secteur agricole estime la situation satisfaisante par rapport à l’année dernière, malgré des précipitations inférieures aux moyennes habituelles.
Cette amélioration vient d’un hiver et d’un printemps bien arrosés. En février, les six barrages du Sahel central avaient atteint 100 % de remplissage, et ceux du Nord et du Nord-Ouest dépassaient 70 %. Au printemps, la moyenne nationale a atteint 67 % après les dernières pluies. la presse
L’été puise dans les réserves
Le chiffre actuel est pourtant inférieur à celui du printemps. Entre la fin de la saison des pluies et l’automne, les retenues se vident sous l’effet de l’irrigation, de l’eau potable et de l’évaporation. Le taux était d’environ 50 % début septembre, et un expert évoquait alors la possibilité d’atteindre 70 à 80 % durant l’automne si les pluies étaient au rendez-vous. Les précipitations de la fin de l’été ont aussi contribué à recharger les nappes phréatiques, dont les niveaux avaient baissé après plusieurs années de sécheresse.
Une ressource inégalement répartie
La moyenne nationale masque de fortes disparités. Une alerte datant du printemps rappelait que les barrages du Centre affichaient encore des niveaux préoccupants, ne dépassant pas 13 %. Les grandes retenues du Nord concentrent l’essentiel des volumes, tandis que le Centre et le Sud dépendent davantage de l’eau souterraine et des transferts. allafrica
C’est dans ce contexte que s’inscrit le plan stratégique « Eau 2050 », qui repose sur une approche évolutive adaptée aux changements climatiques et aux épisodes de sécheresse successifs. Les responsables insistent sur la nécessité de préserver cette « richesse en eau » après les années difficiles que le pays a connues. allafricalapresse
Ce que les chiffres ne disent pas
Un barrage bien rempli ne garantit pas la sécurité hydrique. Les pertes dans les réseaux, la demande agricole et la qualité de l’eau comptent autant que les volumes stockés. Les épisodes de sécheresse tendent à devenir plus fréquents à cause des changements climatiques. allafrica
Pour les experts, la bonne nouvelle de 2026 est un répit, pas un retour à la normale. Il laisse du temps pour moderniser les réseaux, développer le dessalement et la réutilisation des eaux usées, et adapter les cultures à la ressource disponible.
Amine Khedhri
